
Un enregistreur à bande magnétique peut être un outil sonore absolument fantastique. Ces gros enregistreurs des années 60, les reel-to-reel tape recorders, avaient plusieurs défauts par rapport aux systèmes modernes type Pro Tools qui en faisaient de précieux atouts pour les expérimentateurs : le défilement de la bande se faisait avec un moteur, qui ne fonctionnait pas toujours de façon parfaitement précise, la bande elle-même ajoutait une compression et une EQ qui adoucissait les aigus, et les lampes des préamplis donnaient une chaleur supplémentaire. On entend de la manipulation d’enregistreur à bande sur de très nombreux albums de l’époque pour des effets comme du delay court, du chorus, du vibrato, du flanger, et même un type de reverb fantomatique bien spécifique. Les Beatles avaient même inventé une technique de léger décalage d’une bande par rapport à une autre pour obtenir un effet de doublage imparfait surnommé ADT, Automatic Double Tracking.
Jusque là, la Strymon Deco était la seule pédale à proposer une version de ces différents effets, mais la Fjord Fuzz Loke arrive et elle se place immédiatement comme une alternative moins chère, plus simple à régler et beaucoup plus jolie visuellement (si c’est important). La Loke est donc un simulateur de bande magnétique qui propose de mélanger le signal d’origine à un deuxième signal légèrement décalé plus ou moins traité pour retrouver l’effet typique des magnétophones. C’est simple mais on peut obtenir un nombre de sons absolument hallucinant, et pour beaucoup des sons qu’il ne serait pas possible de créer autrement, comme du double tracking, de la distorsion parallèle, du boost de préampli, du flange manuel (encore les Beatles), du désaccordage, de la reverb bizarre, du slapback, des textures de vinyle, du chorus, du vibrato ou du flanger aléatoires, et une sensation d'élargissement de l’espace stéréo, le tout avec six boutons !
Comme toujours chez les géniaux norvégiens de Fjord Fuzz, les réglages de la Loke portent des idéogrammes plutôt que des vrais noms, mais heureusement le manuel est là pour nous aider. Les deux gros boutons du haut (qui reprennent le look des boutons de console vintage) contrôlent le temps de delay et le feedback. Le temps de delay varie en fonction du footswitch de droite, qui permet de passer du mode très court (entre 0 et 100 millisecondes) au mode court (0 à 400ms). Dans la première partie de la course, on trouve tous les effets type vibrato, tandis qu’on trouve les delays et apparentés dans la deuxième moitié. Le feedback permet quant à lui d’ajouter de la profondeur aux chorus et de faire partir les échos en auto-oscillation. Viennent ensuite les deux boutons de droite qui contrôlent la profondeur et la vitesse de la modulation intégrée, qui n’est pas un simple LFO ultra prévisible, mais qui au lieu de ça manipule le réglage de temps de delay de façon aléatoire, pour un rendu bien plus naturel. Enfin, les deux boutons de gauche forment la section mixer, l’un règle le volume du signal d’origine, et l’autre se charge du volume du signal traité : par rapport à un unique réglage Dry / Wet, on gagne donc la possibilité de pousser l’un ou l’autre (ou les deux) pour les faire saturer.
Ce texte ne vous donne qu’un petit aperçu des possibilités infinies et inattendues de la Fjord Fuzz Loke. Si vous prenez en plus en compte le fait que vous pouvez y brancher une pédale d’expression, je vous laisse imaginer la richesse de son qui vous y attend.







